Je pars du fond de la vallée. Je passe à côté d'un hêtre où nichait un Pic noir l'année dernière. Cette année, c'est une Sittelle torchepot qui a fait son nid. La pente est raide, les dernières neiges rendent ma progression difficile. Mon sac est lourd. J'ai tout le nécessaire pour passer la nuit dans mon affût, construit cet automne, fait de branchages. J'espère observer le Grand Tétras demain matin. Nous sommes à la mi-avril, il commence à parader.
En montant, une trace d'ours fraîche dans la neige signale sa présence. Je ne le verrai certainement pas. Plus loin, je longe une falaise. Le Faucon pèlerin est encore là, je l'entends. En février, j'ai eu la chance de faire une photo avec une proximité unique.
Après deux heures de montée, j’arrive enfin. Avant de m'installer dans mon affût, je fais un tour de jumelles sur les crêtes balayées par le vent, encore enneigées. J'imagine les lagopèdes alpins survivrent dans ces conditions extrêmes. Cette fois-ci, seule une silhouette d'isard se détachera. Au coucher du soleil, j'apercevrai un Gypaète barbu au loin, à travers les nuages. Puis je fermerai mon duvet pour tenter de m’endormir.
Je m'appelle Thomas Jonet et voici un portrait imagé des émotions que je vis. Je suis installé au pied des Pyrénées, que je passe mon temps à observer .
Professionnellement d'abord, comme chargé de mission dans une association de protection de la nature dans l'Aude, où je travaille notamment sur le Desman des Pyrénées et le Calotriton des Pyrénées et personnellement ensuite dans les mêmes vallées, appareil photo dans le sac de randonnée.
Je cherche à vivre des émotions, celles qui viennent après des jours d'immersion dans la nature, sans artifice. J'aime retranscrire les ambiances vécues sur le terrain et que mes images placent un animal dans son habitat.