Au moment où cette photo a été prise, cela faisait déjà plusieurs années que je me passionnais pour une petite chouette discrète des montagnes : la Chouette de Tengmalm.
Les Pyrénées abritent encore de belles populations, relativement peu connues. Les pentes abruptes et les difficultés d'accès ont limité l'exploitation de certains secteurs, permettant notamment la conservation de vieilles forêts particulièrement favorables aux rapaces nocturnes.
Cette année-là, la reproduction semblait bien engagée. De nombreux mâles chanteurs étaient entendus à travers le massif. Pourtant, le secteur où j'entendais habituellement un mâle était désespérément silencieux.
Ce mâle avait toujours eu un comportement un peu particulier. Alors que ses congénères chantaient généralement dès le mois de mars, lui ne commençait son activité qu'en mai. Et, contre toute attente, je finis par l'entendre à nouveau cette année-là, toujours au même endroit.
En journée, il semblait cantonné à un petit bosquet de résineux situé à proximité de quelques hêtres présentant des cavités de Pic noir.
Après plusieurs soirées à essayer de comprendre ses habitudes, je parviens finalement à le trouver bien avant la tombée de la nuit. J'ai alors la chance de l'observer longuement . Il mange, se toilette, recrache ses pelotes de réjection…
Mais comme souvent au printemps dans les Pyrénées, la météo finit par se dégrader. La pluie, le brouillard et même la neige commencent à s'installer. Cela ne semble pourtant pas perturber l'oiseau, qui se met à chanter quelques minutes avant le coucher du soleil.
À cette époque, je ne possède pas encore de longue focale lumineuse. Je décide donc de monter mon 135 mm f/1.8, une optique que j'aime beaucoup utiliser pour créer des images d'ambiance, notamment lorsque la lumière vient à manquer.
Mais pour mettre en valeur un oiseau aussi petit, il faut être très proche.
Même si la Chouette de Tengmalm est une espèce relativement peu farouche, je n'avais jamais réussi à obtenir une proximité suffisante pour utiliser cette focale.
Ce soir-là, après plusieurs heures d'observation, l'oiseau prend soudain son envol. Il me passe au-dessus de la tête, à quelques centimètres seulement, avant de se poser presque au sol, à quelques mètres de moi.
Puis il se met à chanter. La scène est incroyable.
Complètement tremblant, je positionne mon appareil et règle rapidement les paramètres. La lumière est très faible et je dois réaliser une pose de plusieurs secondes. Il faut simplement espérer que l'oiseau reste suffisamment immobile.
Après plusieurs essais, j'obtiens enfin cette image.
Je resterai encore quelques minutes avec ce mâle, avant qu'il ne parte chasser.
Quelques jours plus tard, je reviendrai sur le secteur. Cette fois, j'assisterai à des accouplements. Le mâle avait finalement trouvé une femelle.
Cette photo me permettra notamment d'être exposé au Festival de Ménigoute, dans le cadre du concours de la Photo d'Oiseau de l'Année 2023, organisé par la LPO et Camera Natura : https://camera-natura.org/detail-dactualite/concours-de-la-photo-d-oiseau-de-l-annee-2023.html