Évoluer seul et en autonomie dans ces montagnes, où la présence de l’ours est permanente, est malgré tout une expérience émotionnellement engageante.
Pendant près de trois semaines, je les aurai observés quasiment tous les jours. Souvent de très loin, parfois de très près. Certaines rencontres n’auront duré que quelques secondes, d’autres plusieurs heures.
Et puis il y a eu celle-ci...
Depuis plusieurs jours, j’avais repéré une lisière d’altitude où les ours avaient l’habitude de venir s’alimenter en fin de journée. Après plusieurs heures d’affût, pas le moindre animal. Alors qu’il ne restait plus beaucoup de lumière, je décide de rejoindre ma tente, installée un peu plus haut sur la crête, avec l’idée de faire un dernier tour d’horizon aux jumelles.
À une centaine de mètres du camp, une masse noire attire mon regard. Aucun doute, un ours est là, occupé à profiter des premières myrtilles de la saison. Le vent est favorable, il ne m’a pas repéré ce qui me permet d’installer mon matériel photo.
Mais plus je l’observe, plus cette masse me paraît étrange. ... Je prends les jumelles, et c’est là que je comprends. Ils sont deux et c’est un accouplement !
Je resterai une vingtaine de minutes à les observer. La nuit tombe peu à peu et ma tente se trouve à seulement quelques mètres. Si je bouge sans prévenir, ils me verront forcément, et je ne tiens pas à ce que le mâle me prenne pour un concurrent. Je décide donc de signaler ma présence en leur parlant doucement.
Les deux amoureux finiront par me repérer et mettront fin à leur rendez-vous.